Rétrospective
Berlin vue par un cégepien Montréalais

Notre avion a décollé quelques heures seulement avant que la première des deux tempêtes historiques ne s’abatte sur Montréal. Les stagiaires de la Berlinale 2024 nous avaient vanté la météo clémente de la capitale allemande en février, et pourtant, c’est sous la neige que nous avons découvert l’architecture hétéroclite de la ville.
De Marwan Benyamina
En arpentant les trottoirs couverts de glace, nous nous sentions presque comme à Montréal! Si la température au thermomètre était souvent sous la barre des 0 degrés Celsius, le climat social et politique de la ville était beaucoup plus chaud. C’est que la Berlinale se tenait cette année en pleine période d’élections extraordinaires. Le jour du scrutin coïncidait d’ailleurs avec la dernière journée du festival, à savoir le 23 février. Le climat était tendu, notamment à cause de l’AfD, parti d’extrême-droite allemand, qui semblait sur une lancée historique en accumulant près de 20% des voix. Nous avons donc croisé beaucoup de manifestations en opposition à cette montée de l’extrême-droite. Et nous étions dans la ville lors de l´attentat au mémorial juif de Berlin le 21 février. Ce climat nous a permis d’engager de riches discussions avec les gens autour de nous sur l’état du monde actuel et les films souvent anti-guerres que nous voyions à la Berlinale alimentaient ces débats.
C’est d’ailleurs dans ce contexte que nous avons été visité l’ancien camp de concentration de Sachsenhausen, dans la petite banlieue d’Oranienbourg, à environ 45 minutes en train de la capitale. Ce fut une visite très lourde, mais nécessaire, surtout dans le contexte. Notre exceptionnel guide, Chris, faisait constamment des ponts entre ce qui s’est passé autour de l’Holocauste et ce qui se passe maintenant un peu partout. L’horreur du camp se résume bien par la dernière phrase de la lettre d’un condamné au peloton d’exécution : « J’espère qu’ils tirent bien ». Le guide nous a expliqué l’importance de prendre connaissance de ce lieu puisque dans une quarantaine d’années, il n’y aura plus de survivants ni d’infrastructures marquant ces lieux de mémoire. Bref, ce fut un des moments les plus forts du voyage, une expérience difficile, mais essentielle.